vendredi 10 janvier 2014

La Grande épopée de Picsou, tomes I, II et III - Don Rosa


A Glasgow, dans les années 1870, le jeune Balthazar McPicsou rêve de faire fortune et redonner au clan McPicsou toute sa gloire d'antan. Embarqué à 13 ans pour l'Amérique, il ignore encore qu'il voyagera du Mississipi aux Badlands, du Transvaal au Klondike, qu'il y trouvera des ennemis, des amis, peut-être l'amour et surtout l'or qui fera sa fortune. Car Picsou n'a pas toujours été le plus riche de tous les canards, et sa jeunesse a été riche en aventure...

Qui ne connaît pas Picsou? Qu'on l'apprécie ou pas, tout le monde a entendu parler du canard le plus riche du monde, de son coffre fort, de son sou fétiche, de ses ennemis jurés : les Rapetou, Flairsou, Gripsou, Miss Tick et j'en passe. Mais pour m'en rendre véritablement fan, il a fallu que je découvre Don Rosa il y a quelques années, en lisant les Picsou Magazine de mon petit frère. Et pour me faire devenir complètement accro, il a fallu que je découvre les douze épisodes de la Jeunesse de Picsou, en partie imaginée, en partie reconstituée minutieusement par Don Rosa à partir d'indices laissés par Carl Barks, le papa de Picsou, dans son œuvre monumentale.

J'ai donc été excitée comme une puce lorsque j'ai découvert que Glénat rééditait toutes les BD de Don Rosa sous forme d'intégrale, et carrément folle de joie quand j'ai trouvé sous le sapin les trois premiers tomes de cette réédition (merci Homme-Minidou, merci belle-maman-Minidou!). Préparez-vous donc à une chronique fleuve, car j'ai énormément de choses à dire sur cette épopée qui me touche, me fascine et me passionne plus que ne l'a jamais fait aucune autre BD Disney.

Ce que j'aime le plus chez Don Rosa, pour commencer, c'est son dessin, son humour et le foisonnement de détails que l'on trouve dans ses BD. Chaque case est prétexte à insérer un détail amusant, une référence discrète ou simplement à détailler un décor, un personnage... les cases de Don Rosa sont « pleines » pour ainsi dire, que ce soit au niveau du dessin ou du texte (il joue beaucoup en particulier sur les ombres, ce qui donne beaucoup de relief à son dessin). C'est en partie ce qui me fait préférer Don Rosa à Barks, dont je trouve le dessin beaucoup plus « lisse » (ça, et le fait que j'ai lu beaucoup moins d'aventures de Picsou par Barks, ou en tout cas, elles m'ont moins marquée.)

A l'intérieur du château du clan McPicsou
("The Last of the Clan McDuck" Don Rosa, 1994) 

Autre bonus de ces rééditions : les commentaires de l'auteur lui-même sur chaque chapitre, où il explique sur quelles références à Carl Barks il s'est basé pour imaginer cette histoire, les différents clins d'oeil cachées, qu'il s'agisse de références historiques, géographiques, de références à l'oeuvre de Barks... on a aussi parfois droit à des explications sur certains jeux de mots intraduisibles (pas trop mal rendus la plupart du temps.) le tout avec beaucoup d'humour, et parfois d'autodérision, de la part de l'auteur. Bref, outre le récit en lui-même, toute la démarche et les questionnements de l'auteur durant l'élaboration de la BD ajoutent un plus non négligeable à l'ensemble.

Le premier tome rassemble les 12 chapitres de la Jeunesse de Picsou proprement dite, depuis son enfance pauvre et son premier sou gagné en tant que cireur de chaussures à Glasgow, les raisons qui l'ont poussé à aller chercher fortune en Amérique, jusqu'à sa découverte d'une vallée aurifère durant la ruée vers l'or du Klondike de 1896 et la façon dont il a bâti sa fortune, pour devenir l'homme (ou le canard) le plus riche du monde. On le voit ainsi enchaîner les aventures, les ruées vers l'or et les déceptions : capitaine d'un bateau à vapeur sur le Mississipi, cow-boy dans le Montana, chercheur d'or au Transvaal ou en Australie, le jeune Balthazar Picsou a tout fait, saisissant les opportunités, provoquant sa chance. Bien loin du pingre grincheux que l'on connaît bien, notre ami Picsou est un aventurier optimiste, sans un sou en poche, mais honnête et travailleur, et malgré ses déceptions et ses échecs, on s'attache irrémédiablement à lui au fil des chapitres.

C'est justement ce qui fait tout le charme de ces 12 épisodes. Si la fortune met du temps à se manifester, à chaque épisode Picsou s'enrichit d'une nouvelle expérience, apprend de nouvelles choses, rencontre de nouveaux personnages. Des personnages que l'on connaît bien pour les avoir croisés dans d'autres aventures de Picsou (dans le Montana, Picsou fait ainsi la connaissance d'Howard Flairsou, un gentleman fort sympathique au demeurant, qui s'est enrichi au cours d'une précédente ruée vers l'or. Ce Flairsou est bien entendu le père de John Flairsou, futur ennemi de Picsou, qui mérite déjà de bons coups de pieds au derrière. On le voit également affronter les Rapetou sur le Mississipi, ou un certain Archibald Gripsou en Afrique du Sud pour ne citer qu'eux...) ou encore tout simplement parce qu'il s'agit de personnages historiques ayant réellement existé (le plus flagrant étant peut-être Theodore Roosevelt que l'on croise à plusieurs reprises, mais aussi d'autres personnalités de l'époque comme Marcus Daly, propriétaire de la mine cuivre d'Anaconda ou Wyatt Earp.)

Mais tout au long de ce premier tome, on voit aussi Picsou s'endurcir petit à petit, et perdre en sensibilité ce qu'il gagne en fortune. Du jeune héros plein de rêves des premiers chapitres, on le voit peu à peu devenir un chasseur d'or acharné, retournant peu à peu contre lui-même sa propre famille. Tout d'abord fières de leur frère et de sa réussite, les sœurs de Picsou réalisent rapidement que la fièvre de l'or a bien changé le Balthazar qu'elles connaissaient, et l'on ne peut se défendre soi-même d'un petit pincement au cœur en voyant notre canard préféré se retrouver au bout du compte irrémédiablement seul, avec son argent pour toute compagnie. (en parlant de la famille de Picsou, j'ai toujours une petite larmichette au bord de l'oeil à la fin du chapitre 9. Les deux dernières planches sont de petites pépites d'intensité émotionnelle sans pathos superflu.). Mais le tout dernier chapitre s'achève sur une note d'espoir, et même d'enthousiasme renouvelé, grâce à l'arrivée de la nouvelle génération en la personne de Donald, Riri, Fifi et Loulou* qui vont redonner à leur oncle le goût de l'aventure.

Le deuxième tome est également assez particulier, puisqu'il rassemble des aventures qui ne font pas à proprement partie de la jeunesse de Picsou mais entretiennent avec elle un rapport étroit. Il s'agit entre autres choses d'épisodes bis et ter, prenant place entre les épisodes de la jeunesse de Picsou, mais publiés en dehors de celle ci. J'en connaissais certaines (et particulièrement « le protecteur de Pizen Bluff » qui a été ma première aventure de la jeunesse de Picsou et que j'affectionne tout particulièrement) d'autres m'étaient inconnues et j'ai pris énormément de plaisir à découvrir toutes ces aventures.

J'ai beaucoup aimé la toute première qui revisite l'histoire du premier sou gagné par Picsou, en faisant intervenir pour la première fois dans ces intégrales le personnage de Miss Tick, la sorcière dont le seul but dans la vie est de voler ce fameux premier sou pour le faire fondre dans le Vésuve. Cette histoire qui repose entièrement sur les interventions magiques de la sorcière est assez particulière dans une épopée où Don Rosa s'est efforcé autant que possible de coller aux réalités historiques et de se situer dans un cadre aussi rationnel que possible (sans toujours s'interdire quelques petites libertés fantaisistes évidemment.) L'idée que Miss Tick ait pu, d'une façon ou d'une autre, avoir une influence sur la façon dont Picsou a gagné sa fortune est à la fois très amusante et très ironique.

Parmi toutes ces aventures, plusieurs d'entre elles se situent à l'époque du début de la fortune de Picsou au Klondike, et introduisent un personnage haut en couleurs qui ne faisait qu'une apparition très anecdotique dans les douze épisodes du premier tome : Goldie O'Gilt, dont l'histoire toujours en suspens avec notre canard prospecteur est rendue très touchante par la manière dont la raconte Don Rosa. Cette fameuse Goldie apparaît dans pas moins de quatre des huit aventures présentées dans ce deuxième tome, et jamais tous les mots ne sont dits entre elle et notre héros. Si j'ai beaucoup apprécié « La prisonnière de la vallée de l'Agonie Blanche », qui voit se construire la relation houleuse entre Picsou et Goldie, une sorte de « Je t'aime moi non plus » qui ne s'avoue jamais, j'aime tout particulièrement « Les deux Coeurs du Yukon » qui est en fait l'image à elle toute seule de l'histoire de Picsou et Goldie : deux personnages qui se croisent sans se voir, se méprennent sur leurs intentions et ne se trouvent jamais au bon moment.

Avec une image magistrale de Don Rosa, tout à l'image de la flamboyante Goldie O'Gilt
 ("Hearts of the Yukon", Don Rosa, 1995)

Parmi les aventures que je connaissais déjà, il y a « Le rêve de toute une vie », que je trouve particulièrement bien construit et émouvant pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est l'occasion pour Donald, en général plus connu pour son mauvais caractère que pour son ingéniosité, de comprendre réellement ce qu'a été la jeunesse de son oncle qu'il n'a connu qu'à l'apogée de sa fortune, et de réaliser que finalement, et malgré les apparences, ce n'est pas l'argent qui peuple les rêves de Picsou, mais bien l'aventure et les souvenirs de sa jeunesse (et de se rendre compte aussi que, jadis, Picsou a été un petit canard tout mignon =p). Et enfin, parce que c'est aussi l'occasion de donner une chance, même utopique à l'histoire de Picsou et Goldie, en laissant imaginer au lecteur ce qui aurait pu se passer si le sort ne s'était pas acharné à séparer ces deux personnages.

Enfin, j'ai mentionné plus haut « Le protecteur de Pizen Bluff », ma première aventure de la jeunesse de Picsou, qui était à l'époque parue dans un Picsou Magazine, le seul et unique Picsou Magazine emporté par mon petit frère pour les vacances. Autant dire qu'en un mois, j'avais eu le temps de lire, relire, dévorer et connaître par cœur cette BD qui me fascinait déjà par sa richesse : tout d'abord le nombre de personnages historiques que croisait Picsou au cours de ses aventures : P. T. Barnum, Buffalo Bill, Annie Oakley, Geronimo... cette histoire foisonne de noms qui fleurent bon le Far West. Ensuite par la diversité des tons que l'on y rencontrait : un humour que l'on trouve à toute les pages, dans les détails de l'image, dans le contraste entre le sérieux et la prudence de Picsou et l'inconscience irréfléchie du reste de la troupe, qui se croit au spectacle, dans les situations incongrues dans lesquelles Don Rosa place ses personnages, mais aussi une certaine mélancolie comme à la fin d'un âge d'or, avec de l'aventure à chaque page et un rythme soutenu du début à la fin. Et enfin, toujours le dessin fourmillant de détails et les jeux d'ombres de Don Rosa qui parviennent à porter à eux seuls toute l'atmosphère et l'émotion d'un scène. Des années plus tard, le charme opère toujours, et cette aventure fait partie de mes préférées.

Voilà pour le tome 2 qui est je pense celui que je préfère car il explore des facettes de Picsou qui sont moins mises en avant dans le premier tome, et il a pour toile de fond la relation entre Picsou et ses neveux, à qui il raconte (ou non) les histoires de sa jeunesse. D'une façon ou d'une autre, je trouve que ce lien qui se crée entre les générations donne une dimension supplémentaire aux aventures qui sont racontées.

La jeunesse de Picsou étant couverte dans ces deux premiers tomes, le tome III prend une tout autre direction, en tâchant de rassembler les histoires dessinées par Don Rosa à ses débuts, soit entre 1987 et 1989. Après les deux claques magistrales des deux premiers tomes, je dois bien avouer que ce troisième m'a paru un peu faiblard, malgré toute l'admiration que j'ai pour Don Rosa. Ses premières histoires manquent encore de la « patte » qui me fait aimer ses dessins, et l'on sent encore très clairement l'influence de Carl Barks dans sa façon de dessiner. L'auteur admet lui-même qu'il s'est souvent contenté de copier certaines postures des canards de Barks. Il avoue également à plusieurs reprises ne pas avoir grand chose à dire sur ces premières aventures.

J'ai tout de même plutôt apprécié « Le Fils du Soleil », qui reprend un schéma que j'aime beaucoup retrouver dans les aventures de Picsou, : celui de la chasse au trésor, qui entraîne souvent Picsou et ses neveux dans des aventures rocambolesques aux quatre coins de la planète. Celle ci ne fait pas exception à la règle, et permet également de retrouver un vieil ennemi : ce cher Archibald Gripsou qui avait déchaîné la colère de Picsou au Transvaal.

La plupart des autres récits sont des historiettes humoristiques qui m'ont peu marquée, certaines étant uniquement centrées sur Donald, Riri, Fifi et Loulou, et qui, bien que divertissantes, semblent bien fades en comparaison du souffle épique qui animait les deux premiers tomes. C'est tout de même l'occasion de faire la connaissance de cet infernal chanceux de Gontrand Bonheur (ouh, qu'il mérite des coups de pieds au croupion, celui là!) et du voisin irascible de Donald, Lagrogne (dire que j'avais oublié son existence!). Mais « La Quadrature de l'oeuf », qui voit réapparaître les fameuses poules carrées, « La Malédiction de Nostrablairus », une courte histoire plutôt drôle, et « Sa majesté Balthazar Ier », qui en plus d'être fort amusante, en profite pour nous narrer la fondation de Donaldville par Cornelius Coot, m'ont tout de même été très sympathiques, et permettent de finir ce troisième tome sur une note plutôt positive.

Bref, malgré un avis plus mitigé sur le troisième tome, je reste totalement amoureuse des BD de Don Rosa. Pour en avoir lu de plus récentes, je sais que le côté faiblard de ces premières BD ne dure pas et que cela devient bien meilleur par la suite. Et la jeunesse de Picsou, ainsi que ses épisodes annexes font toujours autant battre mon petit cœur de groupie du plus riche des canards En un mot, que l'on aime ou non la BD, que l'on aime ou non les canards Disney, les aventures de Picsou sont aussi riches que leur héros, riche en émotions, en rebondissements et en humour, et je n'ai plus qu'une hâte : que le tome 4 de cette intégrale paraisse afin de pouvoir m'y replonger avec bonheur.

* D'ailleurs, j'ai appris que l'un des neveux de Donald s'appelle Dewey en VO, mouahaha!

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